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Göteborg, trois jours aux côtés de Kim Thúy

30 sept.
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 oct.

Fin septembre, Göteborg recevait la plus grande foire du livre des pays nordiques : plus de 80 000 visiteur·euses, plus de 800 exposants et quelque 300 séminaires en quatre jours. Cette année, le Québec y était l'invité d'honneur. Le choix de la ville n'a rien d'anodin : depuis 2021, Göteborg est l'une des villes de littérature de l'UNESCO, engagée à favoriser la lecture, à élargir l'accès à la culture et à défendre la liberté d'expression.



Une littérature qui voyage

Être invité d'honneur à Göteborg, c'est la reconnaissance d'un travail de fond. Depuis des années, les auteur·rices du Québec sont traduit·es, lu·es et invité·es bien au-delà de la francophonie. Kim Thúy en est un exemple parlant. Ses livres sont traduits en 31 langues, publiés dans 43 pays et territoires, et vendus à plus d'un million d'exemplaires. Ru, son premier roman paru en 2009, a été traduit à lui seul dans 28 langues. En Suède, elle est publiée par les éditions Sekwa, et Le Secret des Vietnamiennes y a été primé en 2018 par la Måltidsakademien, l'académie suédoise de la gastronomie. Cette même année, elle est finaliste pour le prix Nobel alternatif de littérature. Sa présence sur le terrain suit la même courbe : une centaine de rencontres par année et, ces derniers mois uniquement, des tournées en France, au Royaume-Uni, en Irlande, en Norvège, en Corée, en Suisse, en Allemagne, en Colombie, en Italie... La Suède s'ajoute à la liste. Nous avons suivi l'événement à travers son horaire, ayant soutenu Kim dans la logistique et l'organisation de son séjour.


Jeudi : le Québec à l’honneur

La journée commence au pavillon du Québec avec la réception d’inauguration de la Foire. Plus tôt, Kim participe à un entretien surprise avec Johan Kollén, responsable de la programmation et des relations internationales, devant les Gold Members de la Foire, qui ne savent jamais d'avance qui sera l'invitée. Dans l'après-midi, elle s'entretient en anglais avec Johanna Daehli, son éditrice suédoise chez Sekwa. En fin de journée, elle rejoint Michel Jean, Nicole Brossard et Lise Tremblay pour un colloque consacré à la littérature québécoise, organisé par l’Université de Göteborg et l’Université de Dalécarlie et soutenu par l’Association internationale des études québécoises (AIEQ).


Vendredi : l’écriture dans nos sociétés

Le matin, Kim s’entretient en direct pour le balado Fönsterplats avec Eric Sundström, rédacteur en chef du magazine Fönstret sur la question « Comment créer une société dans laquelle davantage de personnes se sentent à leur place ? ». Ensuite, elle partage la scène avec la romancière suédoise Amanda Romare autour de l'adaptation cinématographique, animée par la journaliste Nanna Olasdotter Hallberg. L'après-midi, elle est invitée au séminaire : From Vietnam to Québec, animé par Ingrid Elam. Ce qui l'a frappée : le nombre de libraires, de bibliothécaires et de lecteur·rices qui la connaissaient déjà. Plusieurs sont venu·es avec des photos prises avec elle lors de passages précédents. La journée se termine au cabaret de lecture du pavillon, avec plusieurs auteur·rices du Québec tels que Anaïs Barbeau-Lavalette, Andréane Frenette-Vallières, Steve Gagnon, Natasha Kanapé Fontaine, Mélissa Labonté, Soleil Launière et Emma Majberger.


Samedi : être auteur·rice

Kim commence par s’entretenir avec le journaliste Görrel Espelund lors d’un séminaire sur son parcours et comment l’écriture a façonné sa vision de l’appartenance et son intégration dans une nouvelle culture. En après-midi, elle prend place aux côtés de la poète et éditrice Jenny Tunedal et des auteur·rices de renommée internationale, Amin Maalouf, Gioconda Belli et Pajtim Statovci, pour une discussion sur les livres qui les ont façonnés en tant que lecteur·rices, personnes et auteur·rices.


Ce qu'elle rapporte

Au fil des rencontres, Kim découvre qu’une association suédoise fait de l'accès à la culture une mission politique : amener des ouvrier·ères au théâtre. Durant le salon, elle croise un jeune concierge qui, chaque été, assiste au festival de musique classique de sa ville. Comme tout·e spectateur·rice, il est là pour vivre une expérience et ne compte pas s'arrêter là. Kim en revient convaincue : « En Suède, on part du principe que tout le monde a droit à la beauté. Si tu ouvres les portes d'un théâtre, d'une salle de concert ou d'un musée à un ouvrier, et que tu prends le temps de l'accompagner, c'est tout un monde qui s'ouvre à lui. On croit souvent qu'il faut connaître les codes pour être ému. C'est faux. Personne n'a besoin d'être initié pour être bouleversé par Les Quatre Saisons de Vivaldi. Ce n'est pas une question de goût ni de culture, c'est une question d'exposition. Et une société qui offre à chacun le même accès à l'art se forge des citoyens plus éclairés, et par conséquent, plus riches. »


C'est peut-être ce qui distingue Göteborg : une ville où l'on considère que l’art appartient à tout le monde, où on rend l'art accessible en accompagnant le public jusqu'à cet accès. Et cette année, la littérature québécoise y avait toute sa place.

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