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Trois ans plus tard, l'intelligence artificielle a trouvé sa place

  • 8 juin
  • 4 min de lecture

Il y a trois ans, nous avons commencé à intégrer l'intelligence artificielle dans notre quotidien. La question qui revenait le plus souvent, chez nous comme dans tout le milieu, tenait en une inquiétude polie : qu'allait-elle nous enlever? Aujourd'hui, la réponse tient en un mot. Rien. L'IA ne nous a rien retiré.


Elle nous a plutôt rendu du temps, de la marge et de la clarté, et elle a déplacé notre attention vers ce qui compte vraiment : l'accompagnement des artistes, la diffusion des œuvres et la qualité de ce que nous mettons au monde. Ce que nous vivons aujourd'hui n'est pas une révolution spectaculaire, c'est quelque chose de plus discret et de plus solide, une habitude de travail qui s'est installée et qui a rendu l'équipe plus libre de ses gestes.



Une connaissance qui devient commune

La troisième année a surtout été celle de la maturité. Nous avons compris qu'il n'existait pas de solution unique à imposer à tout le monde, et que l'enjeu n'était pas de trouver la plateforme idéale, mais de choisir le bon outil pour le bon usage, comme on choisit le bon interlocuteur autour d'une table. Nous avons aussi fait le choix d'investir dans des licences professionnelles, afin de garantir un niveau élevé de sécurité et de confidentialité pour les données que nous confions à ces outils.


Mais un outil, aussi performant soit-il, demeure générique tant qu'on ne lui apprend pas qui nous sommes. C'est la raison pour laquelle nous avons amorcé, cette année, la construction de nos propres bases de connaissances. L'idée est simple et profondément utile : nourrir nos outils de notre contenu, de notre mémoire, de nos projets, de nos manières de faire. Concrètement, un membre de l'équipe peut désormais interroger une IA au sujet d'un spectacle ou d'un dossier en cours et obtenir une réponse cohérente, ancrée dans le savoir partagé de l'organisation plutôt que dans des généralités. Ce que l'une d'entre nous savait, l'ensemble du groupe peut maintenant le retrouver. C'est un changement plus important qu'il n'y paraît. Dans une maison créative qui mène de front une multitude de projets, la connaissance circulait souvent par les couloirs, les courriels et la mémoire des unes et des autres. Elle commence aujourd'hui à se déposer, à se structurer, à devenir un bien commun consultable. Nous n'en sommes qu'aux débuts, et c'est précisément ce qui nous enthousiasme : nous bâtissons quelque chose qui prendra de la valeur avec le temps.


Monter en compétence, ensemble

Aucun de ces chantiers n'aurait le moindre sens sans les personnes qui les font vivre. C'est pourquoi la transformation la plus déterminante de l'année fut sans doute l'accompagnement des employé·es. Donner accès à des outils ne suffit jamais. Encore faut-il que chacun·e se les approprie, les comprenne, les apprivoise à son rythme. Nous avons donc misé sur la formation continue, en déployant régulièrement de nouvelles connaissances et un accompagnement soutenu, attentif aux niveaux d'aisance de chacun. L'objectif n'a jamais été de transformer notre équipe en technicien·nes de l'IA, mais de faire en sorte que ces outils deviennent une extension naturelle du travail, sans intimidation et sans dépendance. Ce que nous retenons, c'est la progression de l'autonomie. Des personnes qui, hier, hésitaient à formuler une simple requête conçoivent aujourd'hui leurs propres méthodes et partagent volontiers leurs trouvailles avec leurs collègues.


Le défi qui demeure : faire de l'IA un réflexe partagé

Il serait malhonnête de présenter cette démarche comme un parcours sans accroc. Le défi le plus tenace, celui que nous affrontons encore aujourd'hui, n'est pas technologique. Il est humain et organisationnel : faire en sorte que l'IA s'intègre vraiment au quotidien de chacun·e, partout, et pas seulement chez les plus enthousiastes.


Apprivoiser ces outils ne demande pas que des connaissances ou des aptitudes. Cela exige surtout une posture : accepter de tâtonner, d'oser une requête imparfaite, de douter d'une réponse trop assurée, de revenir vérifier. Cette posture ne se décrète pas et ne s'enseigne pas en une formation. Elle s'installe lentement, par la pratique et par l'exemple. Or le temps est précisément ce qui manque le plus dans nos métiers.

Le partage informel fonctionne bien chez nous, mais le rituel structuré, lui, résiste. Nous avions trouvé une réponse simple : un moment régulier pour partager nos bons coups comme nos maladresses, sans jugement. L'intention était juste. La réalité l'a rattrapée. Les projets s'enchaînent, les saisons sont denses, et ce rendez-vous précieux est trop souvent le premier que l'on sacrifie quand l'agenda se resserre. Nous n'avons pas encore réussi à le protéger comme il le mérite.


Ce constat nous oriente. Nous savons désormais que ce moment ne doit pas dépendre de la bonne volonté de chacun·e, mais devenir un engagement inscrit, défendu, non négociable, au même titre qu'une répétition ou une première. C'est notre prochain chantier, et nous le partageons ici en toute transparence, parce que les défis qu'on nomme sont ceux qu'on finit par relever.


Un cadre vivant plutôt qu'un frein

Cette liberté nouvelle appelait évidemment un cadre. On ne confie pas des outils aussi puissants à une équipe sans poser de balises, surtout dans un secteur où la confidentialité des artistes, la propriété des œuvres et la justesse de la parole publique sont des responsabilités quotidiennes. Nous avons donc mis en place, puis mis à jour en continu, nos politiques d'utilisation. Continu est le mot juste : les pratiques évoluent vite, les capacités des outils aussi, et un encadrement figé serait déjà périmé. Nos politiques sont des documents vivants, qui grandissent en même temps que notre usage et qui visent un seul but, un emploi responsable, lucide et éthique de l'intelligence artificielle. Loin de freiner l'élan, ce cadre l'a rendu possible. C'est parce que les règles du jeu sont claires que l'équipe ose, expérimente et avance sereinement.


Au terme de cette troisième année, nous mesurons le chemin parcouru sans céder à l'autosatisfaction. L'intelligence artificielle continue de transformer notre quotidien, semaine après semaine, et elle le transformera encore. Mais ce qu'elle change vraiment, ce n'est pas la nature de notre travail, c'est notre capacité à mieux l'accomplir. Elle nous permet de performer davantage, de répondre plus vite, de creuser plus loin, de libérer du temps pour la réflexion, la relation et la création. Elle demeure, et c'est là toute notre conviction, un outil. Un outil remarquable, certes, mais au service de l'humain et de la création, jamais à leur place. Si elle n'a remplacé personne en trois ans, c'est parce que nous n'avons jamais voulu qu'elle le fasse. Nous voulions qu'elle nous augmente, et c'est exactement ce qu'elle a fait.




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